Wednesday, December 28, 2011

Démolition de la Maison Mariette

En Janvier 1904, le couvent  de Lorette de Quatre-Bornes prend naissance dans une maison de location. 

L'année suivante l'évêque, Mgr. O'Neill, fait don aux soeurs d'un arpent de terre.  On y transfère la  «Maison Mariette », une vaste et ancienne maison coloniale à étage qui faisait partie des bâtiments du couvent de Port-Louis. Elle est démontée pierre par pierre, planche par planche, et reconstruite en face du Corps de Garde. Les religieuses s'y installent en mai  1905.


D'autres portions de terrain sont achetées les années suivantes, et le terrain fait actuellement 3 arpents (1,3 hectares).

En 2006, l’évêché de Port-Louis décide la démolition de la belle maison coloniale, la plus grande et la plus belle encore debout à Quatre Bornes.

Une campagne des hauts menacée de destruction

Une « campagne » désigne à Maurice une grande maison en bois des hauts plateaux de l’île et son grand jardin.


Cette prestigieuse maison coloniale se découvre au bout d’une longue allée de camphriers cent-cinquantenaires, au milieu d’un parc de plus de 11 arpents (5 hectares).



La campagne date des années 1850-70. C’est là que le personnage le plus singulier de l’île Maurice intellectuelle du XXe siècle, Malcolm de Chazal (1902-1981), passa son enfance chez ses grands-parents.

Son nom ? Mesnil-aux-Roses



Vendu dans les années 1980, le terrain fut divisé en plusieurs lots, mais a jusqu’ici échappé au « développement ». La maison s’abîme vite faute d’entretien suffisant depuis la vente de la maison. Elle est aujourd'hui abandonnée. Sans une restauration urgente, la dégradation sera irréversible. Seul le pavillon attenant est maintenu en bon état. Les roses, elles, ont depuis longtemps disparu…

Le Pavillon, à l'ombre d'un des plus vieux magniolias de l'île

Quelle ironie de penser qu’un bâtiment de Port Louis, sans rapport avec Chazal, a été alloué à la fondation Malcolm de Chazal en vue d’abriter sa mémoire, quand un lieu qui lui est si personnellement attaché est négligé au point d’être en grand danger de disparition. Dans l’indifférence de tous.




Allée, parc, grande maison ancienne, pavillon, écuries en pierre de taille… Les campagnes de cette importance, ayant conservé autant d’éléments d’origine, ne sont plus qu’au nombre de 6, peut être 7. Elles étaient des centaines à l’indépendance de l’île.


On estime à 20,000 le nombre d’édifices coloniaux détruit à Maurice depuis les années 1960. Ils se réduisent aujourd’hui à une peau de chagrin, et les rares qui sont « restaurés » ne recevraient pas l’aval, par exemple, des monuments historiques français, dont la rigueur n’est plus à démontrer, tant on les modifie jusqu'à les rendre meconnaissables.

A quoi sert le Ministère de la culture à Maurice? Qu’attend-t-on pour sauver Mesnil-aux-Roses ?

 

 



Ci-dessus: Malcolm de Chazal au Morne Brabant dans les années 1970



http://http//www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/violet-bernard/l-ombre-d-une-ile-malcolm-de-chazal,1572229.aspx
Ci-dessus: un excellent livre consacré à Chazal et à Maurice

Sunday, December 25, 2011

L'embouchure de la Rivière Noire noyée sous des tonnes de béton

Des promoteurs mauriciens ont décidé de modifier à jamais le paysage du sud-ouest de Maurice.

Leurs travaux pharaoniques comprennent notamment le creusement de 33000m3 de chenaux dans le lagon de la Réserve Marine de la Rivière Noire, le bétonnage de ces chenaux, et la construction de blocs d’appartements destinés à de riches acquéreurs étrangers.

C’est ça,  « La Balise Marina ».

Ci-dessus: photo souvenir, ce paysage n'existe déjà plus

Le site, vierge puis en cours de construction


L' état mauricien a une fois encore accordé les permis nécessaires afin de bouleverser les paysages de l’île.


Avec la disparition de l’embouchure sauvage de la Rivière Noire, qui s'appelle désormais « La Balise Marina », c’est une fois de plus un territoire qui se ferme aux Mauriciens, pour devenir une enclave réservée à quelques étrangers fortunés. Et c'est surtout un espace naturel qui disparaît sous le béton.



Vision "d'artiste" du produit fini




Encore un bout de nature envolé, chèrement envolé:
le prix d'un logement achat monte jusqu'à 85 millions de roupies mauriciennes. 

Les promoteurs mauriciens ne comptent pas s’arrêter là: sur le terrain voisin encore sauvage, ils vont construire plusieurs hôtels "de luxe" et des centaines de « villas » et appartements, une fois encore destinées à des acquéreurs étrangers.

Le luxe, n'est-ce pas plutôt le respect de son pays?

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http://www.lemauricien.com/article/la-balise-marina-des-travaux-provoquent-la-col%C3%A8re-des-forces-vives-et-des-p%C3%AAcheurs-rivi%C3%A8re-n

Information du 25 Décembre 2011 (L'Express): Balise Marina à Rivière-Noire : Les promoteurs ont eu gain de cause en Cour suprême et les travaux interrompus en août pourront reprendre.

Le juge Eddy Balancy a rejeté la plainte logée par des pêcheurs et les Forces Vives de Rivière-Noire qui contestaient la construction de la Balise Marina à Rivière-Noire: http://www.lemauricien.com/article/la-balise-marina-gain-cause-aux-promoteurs


"Le Bal du dodo" : un dodo pour toujours?



Le sud-ouest de Maurice allie une nature sauvage à des richesses historiques uniques au monde. On y trouve un lieu magique, la « Batterie de l’Harmonie » : des salines en pierre, un château colonial (le Château Koenig), un four à chaux ou encore une batterie de canons, endormis sous le soleil brûlant de la Rivière Noire, le long d'une plage déserte.  


  
Le charme de la Batterie de l’Harmonie sut conquérir l’écrivain français Geneviève Dormann. Elle y situa l’action du roman qu’elle consacra à Maurice, le Bal du Dodo, primé par l’Académie Française.

Durant plusieurs années, Madame Dormann résida au Château Koenig lors de ses séjours mauriciens. C’est cette maison qui servit de modèle à « l’Hermione » de son roman.


Ses murs épais en pierre de taille, ses parquets à chevrons de teck, sa tour biscornue face au couchant font du Château Koenig un lieu exceptionnel à Maurice. L’état y entrepris une désastreuse « rénovation » après avoir pris possession du lieu en 1999. La bâtisse est aujourd’hui à l’abandon.


Derrière le château, les salines en pierre de taille du XVIIIe siècle reflètent les montagnes du sud-ouest de l’île depuis près de 300 ans. Taillées à la main au XVIIIe siècle dans la pierre de lave, les salines françaises furent défendues un siècle plus tard par une Tour Martello toute britannique.  



Ce lieu magique conduit à une longue plage sauvage de sable blond, encadrée par le Morne Brabant et la Tourelle de la Mivoie.


crédit photo : StaZerYan (panoramio)


C’est là que l’un des principaux groupes hôteliers mauriciens compte construire des centaines de « villas », plusieurs golfs et hôtels « de luxe ».

La première étape verra la construction de pas moins de… 220 maisons destinées aux acquéreurs étrangers et un hôtel cinq étoiles.

Bien sûr, un parcours 18 trous remplacera la savane sèche de Rivière Noire aux herbes hautes et jaunes.  Et nous verrons surgir un golfeur en chaussures bicolores sur un green sans défaut, là où le Lion de Kessel n’aurait pas détonné.  


Développement ? Terme galvaudé par excellence.

Laissons Maurice un peu tranquille.




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Reportage photo sur la Batterie de l'Harmonie:
 http://mauricepascaletmoi.blogspot.com/2011/03/une-saline-sans-sel.html

Le bal du Dodo:

Saturday, December 24, 2011

Sur un air de flamboyant

Ci-dessus : ce portail du XIXe siècle se trouvait à Port Louis ;
après la démolition de la maison coloniale qu’il gardait, il fut remonté dans le nord de l’île.


A Maurice, le flamboyant est l’arbre de noël. En créole mauricien, la fleur du flamboyant (delonix regia) est appelée « bouquet-banané », le bouquet de la bonne année.


Jusqu’à l’indépendance en 1968, les routes étaient ombragées d’arbres plantés par le gouvernement colonial. Dans le sud et les régions pluvieuses du nord, le terminalia avait la vedette, dans les hauts plateaux, c’était les camphriers, et dans les plaines, les flamboyants.


Depuis, les routes ne sont plus jamais plantées d’arbres. Pire, on les coupe à un rythme croissant :

-        En 2011, à Riche en Eau, des terminalias centenaires ont été abattus par dizaines

-        2011 toujours, des samanea saman du nord de l’île ont aussi été coupés par dizaines.

-        mars 2011, à Mont Choisy, un homme d’affaire mauricien fortuné fait couper sans être inquiété une cinquantaine de flamboyants centenaires.

-        Un peu plus loin, la longue route parallèle à la plage a perdu plusieurs flamboyants, car l’état a fait trancher leurs racines pour installer une barrière.

-        A Triolet, près du temple, un flamboyant au tronc aussi gros qu’un baoab a été coupé en tranches.

-        En décembre 2011, à Trou aux Biches, juste en face du poste de police, une cinquantaine de cocotiers de Ceylan centenaires ont été abattus par le riche propriétaire du terrain, afin d’y construire des blocs d’appartements destinés a des acheteurs étrangers.

Les arbres mauriciens sont en sursis...


Le long des routes, on cloue des panneaux publicitaires dans le tronc des arbres, les maladies qui en découlent les tuent, quand ils ne sont pas abattus avant.

Lorsqu’il aménage son terrain, le Mauricien commence par couper les arbres « publics » des bords de route, en toute impunité. C’est la loi de la jungle, mais d’une jungle de béton : « chacun fait fait fait, c’qui lui plait plait plait ».

C’est qu’à Maurice, un bout de terre c’est d’abord un bien à « rentabiliser », ce qui signifie en langage local la construction d’un bâtiment en béton le plus gros possible, preuve de la « réussite » du propriétaire, avec une « cour» en ciment qui lui sert d’écrin.


La plupart des Mauriciens ne respectent pas leur île. Ils ne comprennent pas les touristes qui vantent ses beautés naturelles ou historiques : c’est pour eux une langue étrangère.

Il est navrant que le gouvernement mauricien, engagé dans la construction de plusieurs axes routiers nouveaux, aux quatre coins de l’ile, n’ait comme toujours pas prévu de plantation d’arbres pour les agrémenter.

A la Réunion toute proche, la construction de la toute nouvelle « Route des Tamarins » s’est accompagnée de la plantation de 675 000 jeunes plants, 100 000 plants arbustifs et 3 700 bosquets de tamarins... Quel contraste.
Le gouvernement mauricien dit vouloir copier Singapour, mais il ne lui prend que son béton, pas sa nature magnifique. Vision parcellaire d’un Maurice de plus en plus gris.


Il manque deux choses essentielles à Maurice : une volonté politique et une prise de conscience de la population.

Grosse colère après l’abattage de flamboyants centenaires à Mon-Choisy












Ci-dessus: abattage d'une cinquantaine de flamboyants à Mont Choisy en mars 2011 (source: l'Express)
http://www.lexpress.mu/story/21919-grosse-colere-apres-l-abattage-de-flamboyants-centenaires-a-mon-choisy.html

Route des Tamarins, la Réunion:

East Coast Parkway, Singapour, bordé de samanea saman: 

East Coast Parkway Expressway (ECP) Exit 8B