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Monday, January 2, 2012

Encore une de moins. Restera-t-il ne serait-ce qu'une seule maison coloniale à Maurice en 2020?

Cette maison coloniale de Beau Bassin est typique de la période britannique. Son étage habité grâce à de larges ouvertures, ses pignons à pans brisés et le bow-window adjacent à la varangue appartiennent à la période allant de la deuxième moitie du XIXe siècle au début du XXe.



Avec ses toits de bardeaux noirs, ses volets gris-bleu, sa façade de bois blanc, son sous-bassement au soupirail cintré et ses perrons en pierre de taille, sa varangue vitrée et ses dentelles de bois finement travaillées soulignant l’architecture de la maison, son rond point au bout de l’allée, ses arbres fruitiers, manguiers, longaniers, cette maison ne pouvait se trouvait qu’à Maurice.


L’importante hauteur de plafond de la maison (et des maisons anciennes de l’île en général) ne transparaît guère sur cette vue extérieure. C’est que l’architecture coloniale mauricienne s’arrangeait le plus souvent pour rendre ses maisons plus charmantes qu’imposantes. Ne nous-y trompons donc pas : il s’agit ici d’une grande maison, étendue sur l'arrière, comportant de nombreuses chambres et pièces de réception.

Elle fut rasée en 2010.


Wednesday, December 28, 2011

Mon Repos, Phoenix

Cette maison coloniale du XIXe, siecle située à Phoenix, fut démolie dans les années 1960.

Au rez-de Chaussée se trouvait un vestibule, le salon, la salle à manger, l’office et un « appartement ». A l’étage  se trouvaient les chambres à coucher et un grand bureau. A l'arrière se trouvait un verger de goyaviers. 


La maison dans les années 1920

Comme souvent dans les maisons à étage, le rez-de-chaussée etait en pierre, l'étage et les combles en bois. Les décorations en bois ouvragées de la varangue sont typiques du XIXème siècle mauricien. Chaque modèle etait unique. Si toutes les maisons mauriciennes avaient un air de famille, elles étaient toutes différentes: les portes-fenetres, les ballustrades, les décorations, le perron, l'aspect général étaient toujours uniques. Le grand toit à quatre pans est lui typique du XVIIIème siècle. A partir des annees 1850, les nouvelles constructions mauriciennes etaient souvent couvertes de plusieurs toits a pignon. 


Ci-dessus: lettre du dernier propriétaire, datant des années 20

L'architecture coloniale mauricienne avait un style bien particulier, différent des autres îles à sucre: elle n'avait que peu à voir avec celle des Antilles, souvent plus rustique, des Seychelles, plus rudimentaire, ou celle de la Réunion toute proche, plus géométrique. Seules les fonctions d'atténuation du climat tropical les réunissaient (auvents, combles, persiennes).

Ce qui caractérisait cette architecture mauricienne, c'était avant tout son incroyable diversité, mais toujours dans la cohérence d’un style commun. Chaque maison avait une personnalité unique qui la distinguait entre mille. La maison était un membre de la famille à qui on l’identifiait. Cela d’autant plus facilement que la façade ressemblait souvent à un visage humain, avec deux chiens assis qui vous regardaient droit dans les yeux, et un perron a degré qui vous souriait.

  

Ci-dessus: Mon Repos dans les années 1950

La frénésie imaginative de l’architecture mauricienne s'exprime surtout avec l'émigration de "la bonne société" d'alors vers les hauts plateaux dans les années 1856-7, suite à une épidémie de paludisme. Les bâtisseurs laissent alors libre court à leur imagination : varangues à colonnes ou vitrées; au sol de pierre, marbre ou terre cuite importée de France; balustrades en fonte ou en bois; tourelles pointues ou octogonales; flèches de toit toutes différentes.

Seuls points communs: les proportions, les matériaux et les couleurs. La maison est quasi systématiquement construite en bois sur un sous-bassement en pierre de taille, qui contribue à l’aération de la maison ; le perron en pierre taillé au cordeau est un élément majeur du prestige de la maison.

 

La famille sur le perron principal dans les années 1920.

Les murs en bois sont peints de couleur claire, les contrevents le plus souvent d’un gris bleuté pâle, et le toit de bardeaux le plus souvent noir (à cause de l’ajout de bitume pour une meilleure résistance aux insectes et à la pluie, sa durée de vie était alors de cent ans : cinquante ans sur une face de bardeaux, puis encore cinquante ans en les retournant ; les constructeurs modernes l’ont oublié qui se contentent de vernir les toitures, et s’étonnent de devoir les remplacer après quelques années.)


Il ne reste rien de Mon Repos: ni de la maison, ni du jardin.

Sorrèze n’existe plus


L’une des plus belles maisons coloniales de l’île (et aussi une des toutes dernières) vient d’être détruite.

Cette vaste demeure avait été construite à Sorrèze, Pailles, vers 1850, puis démontée et reconstruite à Vacoas dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

Sa longue varangue au damier de marbre blanc et noir, soutenue par huit colonnes toscanes aux décorations en fonte, dominait un vaste parc à l’anglaise de cinq arpents peuplé d’immenses camphriers. On accédait à ce superbe jardin aux mille tons de vert par deux escaliers de pierre, dont l’un était de forme circulaire.

A l’arrière, devant la varangue vitrée, un jardin plus formel, agrémenté de fontaines de bronze placées dans des bassins en pierre de taille, conduisait aux écuries. L’une d’elle, de forme octogonale et ornée d'un chérubin en bronze,  a été sauvée et déplacée dans le sud de l’île où elle se trouve toujours.

Vendue par son propriétaire dans les années 1990, Sorrèze fut achetée par le fils de l’ancien premier ministre. Après avoir construit une maison en béton dans la pelouse, il la fit démolir en 2010.





Démolition de la Maison Mariette

En Janvier 1904, le couvent  de Lorette de Quatre-Bornes prend naissance dans une maison de location. 

L'année suivante l'évêque, Mgr. O'Neill, fait don aux soeurs d'un arpent de terre.  On y transfère la  «Maison Mariette », une vaste et ancienne maison coloniale à étage qui faisait partie des bâtiments du couvent de Port-Louis. Elle est démontée pierre par pierre, planche par planche, et reconstruite en face du Corps de Garde. Les religieuses s'y installent en mai  1905.


D'autres portions de terrain sont achetées les années suivantes, et le terrain fait actuellement 3 arpents (1,3 hectares).

En 2006, l’évêché de Port-Louis décide la démolition de la belle maison coloniale, la plus grande et la plus belle encore debout à Quatre Bornes.

Une campagne des hauts menacée de destruction

Une « campagne » désigne à Maurice une grande maison en bois des hauts plateaux de l’île et son grand jardin.


Cette prestigieuse maison coloniale se découvre au bout d’une longue allée de camphriers cent-cinquantenaires, au milieu d’un parc de plus de 11 arpents (5 hectares).



La campagne date des années 1850-70. C’est là que le personnage le plus singulier de l’île Maurice intellectuelle du XXe siècle, Malcolm de Chazal (1902-1981), passa son enfance chez ses grands-parents.

Son nom ? Mesnil-aux-Roses



Vendu dans les années 1980, le terrain fut divisé en plusieurs lots, mais a jusqu’ici échappé au « développement ». La maison s’abîme vite faute d’entretien suffisant depuis la vente de la maison. Elle est aujourd'hui abandonnée. Sans une restauration urgente, la dégradation sera irréversible. Seul le pavillon attenant est maintenu en bon état. Les roses, elles, ont depuis longtemps disparu…

Le Pavillon, à l'ombre d'un des plus vieux magniolias de l'île

Quelle ironie de penser qu’un bâtiment de Port Louis, sans rapport avec Chazal, a été alloué à la fondation Malcolm de Chazal en vue d’abriter sa mémoire, quand un lieu qui lui est si personnellement attaché est négligé au point d’être en grand danger de disparition. Dans l’indifférence de tous.




Allée, parc, grande maison ancienne, pavillon, écuries en pierre de taille… Les campagnes de cette importance, ayant conservé autant d’éléments d’origine, ne sont plus qu’au nombre de 6, peut être 7. Elles étaient des centaines à l’indépendance de l’île.


On estime à 20,000 le nombre d’édifices coloniaux détruit à Maurice depuis les années 1960. Ils se réduisent aujourd’hui à une peau de chagrin, et les rares qui sont « restaurés » ne recevraient pas l’aval, par exemple, des monuments historiques français, dont la rigueur n’est plus à démontrer, tant on les modifie jusqu'à les rendre meconnaissables.

A quoi sert le Ministère de la culture à Maurice? Qu’attend-t-on pour sauver Mesnil-aux-Roses ?

 

 



Ci-dessus: Malcolm de Chazal au Morne Brabant dans les années 1970



http://http//www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/violet-bernard/l-ombre-d-une-ile-malcolm-de-chazal,1572229.aspx
Ci-dessus: un excellent livre consacré à Chazal et à Maurice

Sunday, December 25, 2011

"Le Bal du dodo" : un dodo pour toujours?



Le sud-ouest de Maurice allie une nature sauvage à des richesses historiques uniques au monde. On y trouve un lieu magique, la « Batterie de l’Harmonie » : des salines en pierre, un château colonial (le Château Koenig), un four à chaux ou encore une batterie de canons, endormis sous le soleil brûlant de la Rivière Noire, le long d'une plage déserte.  


  
Le charme de la Batterie de l’Harmonie sut conquérir l’écrivain français Geneviève Dormann. Elle y situa l’action du roman qu’elle consacra à Maurice, le Bal du Dodo, primé par l’Académie Française.

Durant plusieurs années, Madame Dormann résida au Château Koenig lors de ses séjours mauriciens. C’est cette maison qui servit de modèle à « l’Hermione » de son roman.


Ses murs épais en pierre de taille, ses parquets à chevrons de teck, sa tour biscornue face au couchant font du Château Koenig un lieu exceptionnel à Maurice. L’état y entrepris une désastreuse « rénovation » après avoir pris possession du lieu en 1999. La bâtisse est aujourd’hui à l’abandon.


Derrière le château, les salines en pierre de taille du XVIIIe siècle reflètent les montagnes du sud-ouest de l’île depuis près de 300 ans. Taillées à la main au XVIIIe siècle dans la pierre de lave, les salines françaises furent défendues un siècle plus tard par une Tour Martello toute britannique.  



Ce lieu magique conduit à une longue plage sauvage de sable blond, encadrée par le Morne Brabant et la Tourelle de la Mivoie.


crédit photo : StaZerYan (panoramio)


C’est là que l’un des principaux groupes hôteliers mauriciens compte construire des centaines de « villas », plusieurs golfs et hôtels « de luxe ».

La première étape verra la construction de pas moins de… 220 maisons destinées aux acquéreurs étrangers et un hôtel cinq étoiles.

Bien sûr, un parcours 18 trous remplacera la savane sèche de Rivière Noire aux herbes hautes et jaunes.  Et nous verrons surgir un golfeur en chaussures bicolores sur un green sans défaut, là où le Lion de Kessel n’aurait pas détonné.  


Développement ? Terme galvaudé par excellence.

Laissons Maurice un peu tranquille.




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Reportage photo sur la Batterie de l'Harmonie:
 http://mauricepascaletmoi.blogspot.com/2011/03/une-saline-sans-sel.html

Le bal du Dodo:

Sunday, December 18, 2011

L'une des toutes dernières maisons centenaires de la rue Pope Henessy détruite

La rue Pope Henessy comptait certaines des plus belles maisons de Port Louis. Jusque dans les années 1950, les familles aisées des hauts plateaux les louaient en juillet pour la saison des représentations théâtrales du théâtre de Port Louis.

2006

Cette maison a été entièrement restaurée vers l’an 2000 afin d’abriter les locaux de la firme automobile SAAB.

Lorsque cette dernière quitta l’île quelques années plus tard, la maison fut pourtant démolie par son propriétaire.

Aujourd’hui ne subsiste que le mur d’enceinte. L’emplacement de la maison est un terrain vague. Il deviendra sans doute un parking, puis un building en béton, étapes classiques qui suivent la plupart des démolitions de vieux bâtiments port-louisiens.

Il ne reste que 3 maisons centenaires dans la rue Pope Henessy, toutes les autres ont été détruites, dont une demi-douzaine depuis l'an 2000. A ce rythme, elles auront toutes disparu dans les années qui viennent.



2012