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Monday, April 7, 2014

Les anciens palais de justice de l'ile Maurice bientôt démolis

Cour de Justice de Moka, ile Maurice, mars 2014


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COMMENT CA MARCHE?
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Depuis de très nombreuses années, l'état mauricien n'entretient plus du tout les bâtiments coloniaux qui sont sa propriété. Dans ce contexte, le gouvernement mauricien alloue dans son budget 2014 une somme de 700 millions de roupies afin de "rénover" les palais de justice de l'ile.

Lisons entre les lignes. Concrètement, cela signifie:

1/ que les anciens bâtiments coloniaux vont continuer de pourrir sur place, sans entretien, livrés à eux même et aux intempéries. Des tôles rouillées ou des bâches couvrent déjà leurs toits percés.

2/ pendant ce temps, dans leur jardin seront construits de chers buildings neufs en béton, avec le budget qui aurait pu servir à la restauration des édifices centenaires existants à un coût moindre. 

3/ enfin, une fois que les bâtiments anciens seront irrécupérables, ils seront rasés afin de devenir les parking goudronnés des blocs de béton neufs.

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EXEMPLE
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Premier édifice prestigieux à en faire les frais, le palais de justice de Moka. Aujourd'hui existe sur le vaste terrain arboré 
- une grand tribunal colonial en bois précieux sous comble de bardeaux, comportant 3 niveaux
- une demi-douzaine de bâtiments coloniaux en pierre de taille et bois précieux
- une grande pelouse au milieu de l'ensemble
- un jardin de plusieurs arpents planté d'arbres centenaires.

Au lieu de restaurer le superbe édifice colonial, l'état a fait couper en mars les longaniers énormes qui se trouvaient sur le coté droit du jardin. Des tractopelles modifient en ce moment les niveaux du terrain ainsi dégagé. A la place des arbres vénérables plantés au XIXe siècle sera édifié un bloc de plusieurs étages en béton. Le bâtiment ancien ne sera pas sauvegardé, à l'image des arbres au diamètre supérieur à un mètre, vieux de cent cinquante ans, qui ont déjà été abattus.







Moka, ile Maurice, mars 2014


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A SUIVRE
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Voir notre article ci-dessous sur le palais de justice de Bambous. Le poste de police du XVIIIe siècle y a déjà été démoli, la palais de justice va suivre, ainsi que les maisons coloniales dans lesquelles sont logés les fonctionnaires de police. Depuis notre article, le bâtiment toujours fermé à bois et laissé sans entretien se détériore rapidement. 



Le palais de justice colonial de Mahebourg ayant déjà été détruit et remplacé par un pastiche, les prochains palais de justice à faire les frais du budget 2014 sont donc Mapou, Curepipe, Flacq, Rivière Noire, Souillac, Bambous etc...

 Ci-dessous: Flacq



Ci-dessous: Mapou




Ci-dessous: Pamplenousses


Ci-dessous: Souillac




Ci-dessous: Curepipe


FACEBOOK:



https://www.facebook.com/pages/Maurice-derrière-la-carte-postale/460196784050853

Friday, October 4, 2013

Port-Louis tire la langue à St Malo




Hiver 2008. Madame Dominique Taillandier, adjointe aux maire de St Malo, arpente le trottoir port-louisien. A ses côtés,  le Lord Maire de Port-Louis, Monsieur Thomas. Ensemble, ils dévoilent une plaque commémorative. Elle est apposée sur un volet du vieil immeuble des notaires, situé juste en face de l'hôtel de ville. La plaque en cuivre vient rappeler que c'est dans ce bâtiment du XVIIIe siècle que résida le plus célèbre des Corsaires, le Malouin Robert Surcouf. On se sourit, on se congratule, on se serre la main, on evoque les liens qui unissent les deux villes. 

Hiver 2011. la Mairie de Port-Louis, propriétaire du bâtiment, decide de le faire démolir. Le bâtiment a 250 ans - Et alors? Construit entièrement en pierre de taille, il ne nécessite que peu d'entretien - Et alors? Il est un des rares rescapés du tsunami de béton qui a détruit Port Louis à la fin du XXe siècle - Et alors? Et les sourires échangés il y a 3 ans à peine, et la poignée de main, et la plaque sur le volet brinquebalant? Aux oubliettes!

A deux pas du théâtre, cet édifice est l'un des tous derniers immeubles coloniaux de la pathétiquement bétonnée rue Desforges. Outre Surcouf, Roi des Corsaires, cet immeuble colonial abrita les études des plus prestigieux notaires de l'ile. On accède à ces bureaux décrépis par un grand escalier en bois de natte, encadré de colonnes toscanes. Au rez-de-chaussée, incroyable: un vrai magasin port-louisien; du plancher fait de larges lattes au plafond de bois crème, la marchandise pend, s'étale, vous saute presque à la figure. On y trouve de tout, du cadre à photo en forme de fleur aux sandales en cuir, des robes de petite fille aux albums de timbres, des souvenirs évanescents à la précarité du temps qui passe... 

Une ou deux voix anonymes s'élevent, on évoque le titre de propriété, le fait que la propriétaire qui l'a cédé à la mairie exigeait la préservation du bâtiment en l'état. Finalement, la mairie renonce à son projet. Seulement pour l'instant, bien sûr. Le bâtiment ne sera pas détruit, simplement abandonné à son sort, sans entretien, il pourrira sur place. Car c'est cette même mairie qui prône la destruction de ce qu'elle nomme les "eye-sore", comprenez les bâtiments anciens négligés par leurs occupants. Elle veut les voir  disparaitre du paysage de Port-Louis.

Port-Louis, c'était le coeur de l'ile Maurice...

Maurice a fait une crise cardiaque depuis longtemps!








Monday, January 30, 2012

Le village de Bambous défiguré par le béton, le bâtiment colonial du tribunal en danger de démolition


Bambous est un village de l’ouest de l’île qui comporte/comportait de nombreux éléments architecturaux anciens de qualité :
-        une église en pierre de taille sous comble de bardeaux,
-        une cheminée d’usine en pierre de taille
-        un poste de police à étage en pierre de taille sous bardeaux
-        un tribunal comprenant de nombreux bâtiments en bois et pierre de taille
-        des logements de fonctionnaires en bois sous combles de bardeaux
-        une école comprenant plusieurs bâtiments en pierre de taille

 
Ci-dessus: le "District Court"

 
 Ci-dessus: habitations coloniales, propriété de l'état mauricien

L'école

L’ensemble cour de justice / poste de police / école / logements, construit au XIXe siècle sur un vaste terrain arboré de plusieurs hectares, est une rareté dans l’île Maurice d’aujourd’hui. Malheureusement, l’état mauricien, pour qui le patrimoine ne veut rien dire, fit démolir le beau bâtiment de la police en 2010. Un tas de pierres taillées à la main il y a plusieurs siècles gît toujours devant l’affreuse construction en ciment qui accueillera les fonctionnaires de police d’ici peu. Bel exemple pour les écoliers de l’école publique attenante, à qui l’état montre que les bâtiments anciens ne valent rien.



2011: destruction de la police


2012: à gauche: gravats du bâtiment colonial de la police, 
à droite: le nouveau bâtiment en béton

La douzaine de bâtiments coloniaux annexes (district court, bureaux, maisons d’habitation) sont en grand danger d’être démolis dans les prochains mois. Le bâtiment de la « district court » a d’ailleurs été abandonné, comme l’annonce un morceau déchiré de contre-plaqué grossièrement rédigé. Derrière un grillage moderne, tordu et rouillé, la belle maison coloniale centenaire se détériore un peu plus chaque jour en attendant sa démolition.

 

Le village lui-même s’est radicalement transformé depuis une vingtaine d’année : disparition des plantes et jardins, construction de « bâtiments » en béton sans norme architecturale de deux, trois ou quatre étages, et même un tout récent lotissement (sans norme architecturales à respecter) réalisé tout autour de la vieille cheminée à sucre. Les propriétaires des terrains jouxtant la rivière ont construit d’énormes bâtiments en béton brut au plus près du bord, pratiquement dans l’eau, coupant les arbres, transformant le paysage champêtre en zone industrielle digne d’un bidonville.

La Route Royale de Bambous en 2012.

Ce n'est pas la pauvreté qui explique cette vision d'horreur, mais au contraire:
1/ la richesse relative des propriétaires
2/ le fait que l’état n’impose aucune norme architecturale ni ne contrôle l’occupation des sols
3/ l'absence totale de culture du beau tant dans la population mauricienne qu'au sommet de l'état.

Un navet datant des années 1980 fut tourné à Maurice, Jane and the lost city, avec l’acteur principal du film Flash Gordon, Sam Jones, et la célèbre actrice américaine Maud Adams. Aucune scène du film ne pourrait plus être tournée aujourd’hui, tant l’île est méconnaissable. A Bambous, des crocodiles en plastique poursuivaient les héros dans des pirogues le long de la rivière, donnant une illusion de forêt vierge africaine. Aujourd’hui, à la place des arbres centenaires dont les branches caressaient la rivière, d’énormes cubes en parpaings de ciment non crépis composent le décor de la campagne mauricienne.

Arbres centenaires plantés par l'administration coloniale.

Vue partielle du village de Bambous: tout le vert est menacé

Qu’il s’agisse des villageois ou de l’état, le sort de Bambous est le même : toujours plus de béton, toujours moins de beauté.

Maurice est un pays riche. L’état est riche, les Mauriciens ont un accès facile aux matériaux de construction. On construit donc à tour de bras. En béton. Uniquement en béton. On empile des parpaings sans se poser de question, sans plan, sans norme architecturale, sans rapport avec le style mauricien qui n’existe plus. Le patrimoine, mot inconnu sous cette latitude, en fait les frais. Les paysages sont de moins en moins verts, de plus en plus gris. Et ce mouvement a tout de l’inéluctabilité.