Friday, February 3, 2012

La dernière plage publique de Balaclava n’est plus publique

Photo souvenir prise à Balaclava en 2006:
Plus de plage publique, plus de Mauricien fumeur;
plus de Mauricien fumeur, plus de souvenir.

En toute discrétion et depuis 2009, la dernière portion de plage encore publique de Balaclava est devenue privée.

Balaclava, c’était encore il n’y a pas si longtemps des kilomètres de plages publiques désertes.

Un nombre sans cesse croissant de méga-hôtels occupe l’intégralité de ces plages aujourd’hui :
-        Maritim,
-        Victoria
-        Meridien
-        Grand Mauritian
-        La Plantation
-        Intercontinental
-        Angsana Resort
-        Oberoi
-        Melia Villa
-        etc…

La plage "publique", aujourd'hui privée

Tous ont construit des murs le long de la plage, certains ont fait détruire à coup de tractopelles le récif corallien pour permettre les sports nautiques de leurs clients et/ou construit des plages artificielles (Intercontiental, Grand Mauritian), d’autres encore ont enlevé d’énormes rochers basaltiques qui se trouvaient dans le lagon depuis des centaines de milliers d’années et donnaient au lieu son identité.

Le reliquat de plage (150 mètres de long) encore accessible aux Mauriciens, coincé entre les murs des immenses hôtels Victoria et Oberoi, a donc été cédé à bail au groupe hôtelier Indien Oberoi : « C'est notre terrain, nous pouvons en faire ce que nous voulons. Mais dans l'immédiat, il n'y a aucun projet de développement », indique un responsable de l’hôtel Oberoi.

La petite portion de plage en jaune était tout ce qui restait aux Mauriciens;
les plages en rouge représentent 4 kilomètres environ.


Encore un méga-hôtel, cette fois-ci à Baie-du-Cap



En 1994, une experte de l'ONU déclare que Maurice a atteint son seuil de tolérance touristique. 

Presque 20 ans plus tard, Maurice continue d'autoriser la construction d'énormes hôtels, tous sur le même modèle, dans les derniers sites encore non construits. Objectif: 2 millions de touristes d'ici 2015.

N'est-il pas temps de nous interroger intelligemment sur l'avenir de ce pays? Combien d'hôtels Maurice peut-elle encore supporter? Combien de paysages restera-t-il aux Mauriciens? Peut-on aménager un pays uniquement en pensant aux besoins d'étrangers de passage? Ne peut-on les acceuillir autrement?

Le charme de Baie du Cap tient à sa plage tranquille longée par une route peu fréquentée. Avec l’hôtel, le petit village de pêcheurs deviendra un tas de maisons tristement alignées le long d’un énième mur de prison qui occultera la mer.



Ci-dessous, un article de l'Express du 2 février 2012 (en francais expurgé):

"Les groupes hôteliers d’envergure mondiale Carlon et Rezidor projettent d’ouvrir un hôtel à Maurice. Ils possèdent un parc de plus de 1 300 hôtels dans 80 pays à travers le monde.

L’hôtel sera situé à Baie-du-Cap et comprendra 80 suites. Il opérera sous le nom Hotel Missoni Mauritius. Premiers clients en 2014.

L’hôtel aura un accès direct à 650 mètres de la plage. Il comprendra les installation habituelles : plusieurs piscines, spa, gym, courts de tennis, mini-club et salles de réunion « pour les hommes d’affaires » (sic). Missoni Mauritius proposera aussi les activités habituelles : sports aquatiques, pêche au gros, golf.

En Afrique, le groupe Carlson Rezidor compte 44 hôtels dans 17 pays."

Baie du Cap, encore vierge à ce jour

Commentaire d'un lecteur de l'Express réagissant à l'article ci-dessus (Traduction du créole) :

Assez !
Par Ajay :
De grâce  arrêtez la construction d'hôtels dans ce pays. Il ne restera bientôt plus un centimètre de côte aux Mauriciens. Les politiques et leur famille ne font rien dans ce sens car ils ont déjà leurs villas ‘pieds dans l’eau’. Pendant ce temps, le peuple doit se battre pour chaque centimètre de plage encore libre (sans compter que maintenant une partie des plages est aussi occupée par des loueurs de transats pour touristes). J'encourage les Mauriciens à faire comme moi, c'est à dire à aller s'installer sur les plages devant les hôtels quand ils vont passer une journée à la mer. Compatriotes, ne vous laissez pas faire ! Sinon, nous n'aurons bientôt plus que les bords de rivière si ça continue.

Mise à jour 03.02.2012: Ce commentaire a disparu du site web de l'Express.


Baie du Cap, 1970's




Statistiques sur le tourisme a Maurice:
1974-2011



Thursday, February 2, 2012

Le “remplissage”, une bombe écologique pour Maurice


En plus d’être immorale et illégale, la pratique du « remplissage » dans les espaces naturels de Maurice est aujourd’hui courante.

A Maurice, on désigne par « remplissage » le fait d’utiliser tout et n’importe quoi pour combler un terrain : gravats, bouts de béton, déchets en tous genre.


Les mares qui se situent à l’arrière des plages sont un espace de choix pour ceux qui pratiquent le « remplissage » : à Peyrébère, les camions qui déblaient les chantiers de construction du nord de l’île déversent quotidiennement des tonnes de déchets polluants dans les anciens marais. Car une fois comblées, ils deviennent des terrains constructibles à forte valeur ajoutée.

Problème : les mares, marécages et marais de l’île, situés a l’arrière des plus belles plages (Grand Baie, Flic-en-Flac, Roches Noires, Anse-La-Raie, Pointe d’Esny etc) sont les poumons de l’océan. C’est grâce à la respiration de ces mares que nous avons les belles plages que nous connaissons. Que se passera-t-il lorsqu’elles seront toutes bouchées par des milliers de tonnes de déchets polluants ? Dans les années 1970, on faisait encore de la planche à voile dans les marécages de Peyrébère. Aujourd’hui, on ne peut plus faire que du « béton… statique ». Même chose à Flic-en-Flac, même chose à Grand Baie où pullulent les lotissements à l’emplacement des anciennes mares.

Et les Mauriciens ne comprennent pas ce qui provoque l’érosion importante dont pâtissent les plages de Maurice.

Observez les plus belles plages du monde. Elles portent souvent un nom associé au sel. A St Barthélemy, à la Martinique par exemple, la plus belle plage s’appelle Les Salines : cela parce que des marais se trouve a l’arrière de la plage : pas de marais, pas de belle plage.

St Barthelemy (Antilles)

Plage des Salines (Martinique, Antilles)

A Arsenal, au Nord de Maurice, plusieurs propriétaires ont décidé de combler des terrains qui jouxtent la Rivière du Tombeau. Depuis plusieurs mois, un ballet incessant de camions fait le va et vient entre des chantiers de démolition/construction et les berges de la rivière. Elles sont comblées en toute illégalité. Ces terrains étaient en pente et inconstructibles, ils deviennent de vastes déserts stériles, sales et pollués, mais constructibles.






Que se passera-t-il en cas d’inondation ? Lors des cyclones, la Rivière du Tombeau sort de son lit pour se transformer en large torrent qui emporte tout sur son passage. Sans les larges berges qui la bordaient, où ira ce trop plein d’eau en furie ? Quelles maisons la rivière ira-t-elle noyer ? Et si le « remplissage » du propriétaire hors la loi est emporté par les flots, que se passera-t-il lorsque la rivière sera bouchée par des milliers de tonnes de ciment se dirigeant tout droit vers les plages de Balaclava, déjà malmenées par les hôtels qui y ont fait détruire la barrière de corail et extraire les rochers de basalte du lagon ?





Observons au passage la pollution ordinaire de la rivière, au nom de plus en plus adéquat:





Le même phénomène se répète, toujours au Nord de l’île, à la sortie du village du Vale, près d’Union Daruty. Plusieurs propriétaires comblent les terrains situés en contrebas de la route afin de construire, sur le piédestal en ciment ainsi constitué, de vastes bâtiments en béton. Ils ont rattrapé le décalage par rapport au niveau de la route au moyen d’une pollution majeure des sols.

Maurice : une île dont le peuple, trop souvent sans scrupule par rapport au beau patrimoine dont il était dépositaire, lui a fait perdre son titre de Perle de l’Océan Indien. Car une perle en ciment, cela n’existe pas.

Monday, January 30, 2012

Le village de Bambous défiguré par le béton, le bâtiment colonial du tribunal en danger de démolition


Bambous est un village de l’ouest de l’île qui comporte/comportait de nombreux éléments architecturaux anciens de qualité :
-        une église en pierre de taille sous comble de bardeaux,
-        une cheminée d’usine en pierre de taille
-        un poste de police à étage en pierre de taille sous bardeaux
-        un tribunal comprenant de nombreux bâtiments en bois et pierre de taille
-        des logements de fonctionnaires en bois sous combles de bardeaux
-        une école comprenant plusieurs bâtiments en pierre de taille

 
Ci-dessus: le "District Court"

 
 Ci-dessus: habitations coloniales, propriété de l'état mauricien

L'école

L’ensemble cour de justice / poste de police / école / logements, construit au XIXe siècle sur un vaste terrain arboré de plusieurs hectares, est une rareté dans l’île Maurice d’aujourd’hui. Malheureusement, l’état mauricien, pour qui le patrimoine ne veut rien dire, fit démolir le beau bâtiment de la police en 2010. Un tas de pierres taillées à la main il y a plusieurs siècles gît toujours devant l’affreuse construction en ciment qui accueillera les fonctionnaires de police d’ici peu. Bel exemple pour les écoliers de l’école publique attenante, à qui l’état montre que les bâtiments anciens ne valent rien.



2011: destruction de la police


2012: à gauche: gravats du bâtiment colonial de la police, 
à droite: le nouveau bâtiment en béton

La douzaine de bâtiments coloniaux annexes (district court, bureaux, maisons d’habitation) sont en grand danger d’être démolis dans les prochains mois. Le bâtiment de la « district court » a d’ailleurs été abandonné, comme l’annonce un morceau déchiré de contre-plaqué grossièrement rédigé. Derrière un grillage moderne, tordu et rouillé, la belle maison coloniale centenaire se détériore un peu plus chaque jour en attendant sa démolition.

 

Le village lui-même s’est radicalement transformé depuis une vingtaine d’année : disparition des plantes et jardins, construction de « bâtiments » en béton sans norme architecturale de deux, trois ou quatre étages, et même un tout récent lotissement (sans norme architecturales à respecter) réalisé tout autour de la vieille cheminée à sucre. Les propriétaires des terrains jouxtant la rivière ont construit d’énormes bâtiments en béton brut au plus près du bord, pratiquement dans l’eau, coupant les arbres, transformant le paysage champêtre en zone industrielle digne d’un bidonville.

La Route Royale de Bambous en 2012.

Ce n'est pas la pauvreté qui explique cette vision d'horreur, mais au contraire:
1/ la richesse relative des propriétaires
2/ le fait que l’état n’impose aucune norme architecturale ni ne contrôle l’occupation des sols
3/ l'absence totale de culture du beau tant dans la population mauricienne qu'au sommet de l'état.

Un navet datant des années 1980 fut tourné à Maurice, Jane and the lost city, avec l’acteur principal du film Flash Gordon, Sam Jones, et la célèbre actrice américaine Maud Adams. Aucune scène du film ne pourrait plus être tournée aujourd’hui, tant l’île est méconnaissable. A Bambous, des crocodiles en plastique poursuivaient les héros dans des pirogues le long de la rivière, donnant une illusion de forêt vierge africaine. Aujourd’hui, à la place des arbres centenaires dont les branches caressaient la rivière, d’énormes cubes en parpaings de ciment non crépis composent le décor de la campagne mauricienne.

Arbres centenaires plantés par l'administration coloniale.

Vue partielle du village de Bambous: tout le vert est menacé

Qu’il s’agisse des villageois ou de l’état, le sort de Bambous est le même : toujours plus de béton, toujours moins de beauté.

Maurice est un pays riche. L’état est riche, les Mauriciens ont un accès facile aux matériaux de construction. On construit donc à tour de bras. En béton. Uniquement en béton. On empile des parpaings sans se poser de question, sans plan, sans norme architecturale, sans rapport avec le style mauricien qui n’existe plus. Le patrimoine, mot inconnu sous cette latitude, en fait les frais. Les paysages sont de moins en moins verts, de plus en plus gris. Et ce mouvement a tout de l’inéluctabilité.  

Sunday, January 29, 2012

Le vieux poste de police de la Rivière Noire va être démoli

Cette jolie petite maison coloniale en bois sous bardeaux sera démolie dans les jours qui viennent pour être remplacée par un bâtiment en béton.


Les ministères et institutions chargés de la protection du patrimoine montrent une fois de plus leur incompétence et le désintérêt qu’ils portent au peu de patrimoine qui existe encore à Maurice. Leur action consiste surtout à ajouter à la liste des monuments historiques du pays des statues neuves d’hommes politique.

Pendant qu'on laisse démolir le véritable patrimoine architectural de notre passé, on transforme cette île en y bâtissant un autre type de "patrimoine". C'est ainsi que, tout près du rond-point de la Vigie, et sur un terrain appartenant à l’état mauricien, des particuliers sont en train de transformer ce qui n'était qu'un petit autel hindou, construit illégalement, en un grand temple en ciment. On se demande comment ceux qui procèdent actuellement à cette "construction" ont pu obtenir les autorisations nécessaires 

D’après le Mauricien du 29 janvier 2012

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Voici comment la radio-télévision nationale rend compte de la nouvelle de la démolition : pas un mot sur le coup porté au patrimoine de l’île ; un aveuglement et une désinformation systématiques que les fautes d’orthographe de l’article permettent d’expliquer : pas de culture pour soi, plus de culture pour son pays.


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A Maurice, nous n’avons pas de Tour Eiffel, pas d’Empire State Building, pas de Taj Mahal. Notre patrimoine, c’est cette petite maison en bois. C’est notre identité. La détruire, c’est nous détruire un peu.

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Ci-dessus: le bureau de poste de la Rivière Noire : prochain bâtiment colonial sur la liste ?